vendredi 30 janvier 2015

IMITATION GAME: BENEDICT CUMBERBATCH, GÉNIE DU JEU






Connaissez-vous l'ancêtre de l'ordinateur ?

Machine de Turing dans Imitation Game, de Morten Tyldum (2015)


Pendant la Seconde Guerre Mondiale, le public était loin de se douter que dans l'ombre, une équipe d'experts britanniques cherchaient à déchiffrer le code d'Enigma, machine de communication cryptée de l'armée allemande. Alan Turing, bien avant les ordinateurs, avait pensé à une machine qui décorderait les machines.

Turing, premier hacker de l'Histoire


Turing, comme de nombreux génies, est un handicapé social. Une scène toute simple révèle sa dimension autiste. L'un de ses collègues dit tout haut "On va prendre un sandwich" et Turing ne répond rien. Il lui faut un temps appréciable et des explications pour saisir que "on va prendre un sandwich" signifie implicitement que ses collègues l'invitent à se joindre à eux pour déjeuner.

Comme de nombreux génies, encore, il a été tyrannisé dans l'enfance par ses camarades. Il semble venir à la même conclusion que Ghandi : ôtez le plaisir à la violence, il ne reste plus rien. Il suffit de ne pas réagir face aux agresseurs comme ils le souhaitent. Ainsi, ils s'arrêtent d'eux-mêmes.

Cette intelligence supérieure a permis rien de moins que la victoire des Alliés en 1945. 70 ans après la victoire, un cinéaste rend hommage à l'illustre inconnu qui en sauva des millions d'autres.

Pour les oscars 2015, c'est le festival des biopics sur les héros de notre temps, et Turing est célébré dans Imitation Game au même titre que Stephen Hawking dans Une merveilleuse histoire du temps, Chris Kyle dans American Sniper et Martin Luther King dans Selma. Que des grands hommes. Comme l'expliquait Vanessa Lapa, réalisatrice de Heinrich Himmler, The Decent One, on préfère souvent les biographies de héros à celles des criminels.

Voici donc l'histoire des premiers hackers, "Anonymous" au sens littéral : Turing ne sera reconnu que longtemps après ses exploits, et l'on connaît à peine son équipe.

Imitation Game... Drôle de titre. Cependant, l'idée que le décodage est un jeu, y compris dans un contexte aussi sérieux que la guerre, n'est pas nouvelle au cinéma.

Les décodeurs au cinéma


Souvenez-vous de Inception, où Leonardo di Caprio demande à Ellen Paige, « dessine-moi un labyrinthe, » histoire de juger de ses capacités d'architecte. Elle s'exécute, et l'on voit bien que le seul dédale efficace est celui qui n'entre pas dans les cases, propre à l'expression chère aux Américains de « thinking outside the box. »




Rien d'étonnant à ce que Apple ait choisi "Think Different" comme slogan pendant des années (vous me direz que c'est aussi le slogan de Pepsi. Arf.)

Autre film de décodeurs, Cube. Une geek accro aux maths repère des chiffres sur les différentes salles et pense percer le mystère du labyrinthe mortel grâce aux nombres premiers.





Côté séries, dans l'excellent The Wire, l'un des policiers parvient à percer le code des dealers parce qu'il est doué pour... les mots-croisés.



The Wire, série télévisée de David Simon (HBO)


Imitation Game s'avère passionnant pour les linguistes. Enigma ressemble à une immense pierre de Rosette que l'on déchiffre à plusieurs.

Un film à oscars


Je n'ai pas encore parlé de Benedict Cumberbatch. Je laisse toujours le meilleur pour la fin, et il se trouve que Cumberbatch est l'un des acteurs les plus doués de sa génération. 



Benedict Cumberbatch dans Imitation Game


Si l'on regarde Un Eté à Osage County puis Imitation Game, il ne s'agit tout simplement pas du même homme. L'ironie a voulu qu'il incarne récemment au cinéma un autre hackeur, Julien Assange, créateur de Wikileaks. Dans le film de 2013, il était aussi méconnaissable.

Il mérite l'oscar, ça crève l'écran, même s'il aura fort à faire face à Eddie Redmayne, émouvant Stephen Hawking dans le mélo sorti récemment.

Keira Knightley est charmante et pleine d'élégance dans le rôle d'une jeune fille brillante qui trouve en Turing un frère d'âme. Elle est également nommée pour l'oscar du meilleur second rôle.

Matthew Goode a aussi un physique et un charisme prometteurs, et il est agréable de le voir ailleurs que dans la bluette The Leap Year, où il campait un Irlandais cliché.


Matthew Goode dans Imitation Game

La photographie sépia du film est très réussie. Le portrait nuancé de Turing évite soigneusement l'hagiographie, et s'avère très instructif, mais il reste sage, trop sage. La réalisation manque d'audace. 

En plus de Cumberbatch, le film a une chance d'obtenir la fameuse statuette, mais il faut avouer que Wes Anderson et Clint Eastwood sont meilleurs cinéastes que Morten Tyldum. Whiplash, très aimé du public, et le déroutant Birdman peuvent aussi créer la surprise. La sélection, cette année, est comme Imitation Game : un vrai casse-tête.




Alan Turing (1912-1954)



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