mardi 2 mai 2017

MANHATTAN, DE WOODY ALLEN : UN JOUR À NEW YORK







Il y a des livres fondateurs, comme la Bible, Roméo Juliette ou l'Odyssée d'Homère.

Et il y a des films fondateurs. Manhattan est de ceux-là. Il ressemble à un film-somme de Woody Allen alors qu'il est au faîte de sa carrière, en 1979. Ce classique a aussi imposé son style, et a inspiré maints cinéastes qui ont tenté, comme lui, de dire la complexité de la crise la quarantaine, du couple et de la vie d'artiste à New York.


Les obsessions de Woody Allen sont déjà là : l'attirance pour une Lolita, la religion, la mort, la psychanalyse, l'hypocondrie, l'infidélité, et surtout cette moquerie de l'intelligentsia new-yorkaise dont il fait partie. 


Quel bonheur, en effet, de débattre de "la capacité négative d'un cube en métal" lors d'une expo d'art contemporain. 





Woody Allen se retrouve dans la même position que Sartre à son époque : il critique la bourgeoisie qui est pourtant son premier public. Dans Manhattan, l'alter ego de Woody, Isaac, dit "Ike", tombe amoureux de Mary (Diane Keaton) qu'il accuse de snobisme dans les premières minutes pour mieux tomber sous son charme au cœur du film.


Michael Murphy, Diane Keaton et Woody Allen dans Manhattan (1979)
Michael Murphy, Diane Keaton et Woody Allen dans Manhattan (1979)

Allen critique aussi vivement la télévision, qui l'a pourtant fait connaître.

Tracy, jeune fille de 17 ans en couple avec Ike,  s'avère plus sage que lui, tout comme Melody se montrera plus sage que Boris dans Whatever Works, sorti tout juste 30 ans plus tard. 



Evan Rachel Wood (Melody) et Boris (Larry David) dans Whatever Works de Woody Allen (2009)
Evan Rachel Wood (Melody) et Boris (Larry David) dans Whatever Works de Woody Allen (2009)

Sans oublier les saillies spirituelles et les dialogues à 100 à l'heure inspirés de la screwball comedy, et qui ont fait le succès de Woody depuis ses débuts.



Manhattan est aussi l'occasion d'admirer de merveilleux plans de la ville et ses plus célèbres rendez-vous : Elaine's, The Russian tearoom (que l'on voit aussi dans Tootsie) et la balade à cheval dans Central Park.


Woody fait preuve d'un grand talent de metteur en scène, avec une inventivité qui ne sera pas forcément de mise dans ses films suivants. Son sens du clair-obscur, le cadrage magnifique d'un banc de New York (qui d'ailleurs n'existe plus) le jeu d'ombres au planétarium, tout est soigné, inoubliable. Ce fan de jazz accompagne ces plans de la musique de Gershwin. Plusieurs de ces morceaux, d'ailleurs, seront chantés dans sa comédie musicale Tout le monde dit I love you, sortie en 1996.






Dans cet hommage à New York, Allen évoque en passant sa fascination pour Paris et pour les films de Bergman, selon lui inégalable. Il aura d'ailleurs "une période Bergman" (Intérieurs, Septembre, L'Autre femme) pas forcément convaincante.

Dans Manhattan comme dans tous ses films, le personnage de Woody se montre charmant, un peu lâche, nerveux et touchant avec son début de calvitie.


Ses films suivants apparaissent comme des variations sur les différents thèmes de Manhattan. La conclusion, surtout, qui dit au spectateur que la vie vaut la peine d'être vécue et qu'il faut faire confiance aux gens, sera aussi celle de Hannah et ses sœurs (1986) et de Whatever Works.


Il faut saluer la modernité de Manhattan et sa dimension universelle. C'est le seul film, à ma connaissance, où la femme du héros le quitte pour une autre femme. C'est pour le moins audacieux concernant un film de 1979. Il donne également l'occasion de voir Meryl Streep dans sa fière jeunesse, alors pourquoi bouder son plaisir ?



Meryl Streep dans Manhattan
Meryl Streep dans Manhattan


Il faut (re)voir Manhattan, pour ses plans magnifiques et sa chronique savoureuse de la société new-yorkaise. Pour le visage de Mariel Hemingway et l'émotion de la dernière scène.




Mariel Hemingway face à Woody Allen dans Manhattan
Mariel Hemingway face à Woody Allen dans Manhattan



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