vendredi 30 juin 2017

POURQUOI NETFLIX N'EST PAS UN DANGER POUR LE CINÉMA





Mon article sur le film Okja, c'est ici !


Comment le cinéma m'a poussée à m'abonner à Netflix


Ça y est, ça a fini par m'arriver. Je me suis abonnée à Netflix. Et je me suis abonnée dans de drôles de circonstances. Moi, Marla, cinéphile jusqu'au bout des ongles, j'avais refusé jusqu'à ce jour de m'abonner à la plateforme car j'avais peur, à coups de binge-watching de séries, de ne plus avoir le temps de me rendre en salle et nourrir ce blog

Or, paradoxe avec Okja : un film cannois, proposé par Netflix, ne sortira pas en salle. La plateforme, et c'est bien compréhensible, souhaite diffuser le film sans attendre les trois ans imposés par le système de diffusion, appelé chronologie des médias. Comment demander à Netflix, créateur original du film, d'attendre trois longues années pour diffuser son propre long-métrage après sa sortie au cinéma ? Une diffusion simultanée sur la plateforme et en salle n'est pourtant pas absurde. 

C'est drôle. Pour de nombreux documentaires, dont l'excellent Je ne suis pas votre nègre, d'abord diffusé sur Arte, puis une semaine en replay sur le site de la chaîne, et enfin en salle, la diffusion à la télévision puis au cinéma ne dérange personne. Ce fut aussi le cas pour La Journée de la jupe, fiction également proposée par Arte, le documentaire Le Monde selon Bush, et bien d'autres.

Mais s'il s'agit de Netflix, alors attention.




Le mauvais procès fait à Netflix montre bien la frilosité du monde du cinéma. L'ironie de la chose, c'est que je me suis justement abonnée parce que je ne pouvais pas voir Okja en salle. Les exploitants font à Netflix une publicité extraordinaire, et s'empêchent de prouver ce qu'ils avancent au public : voir un film en salle, c'est quand même mieux.



Okja, OVNI de Cannes


La sélection de Okja à Cannes a de quoi étonner : on est presque dans le blockbuster, dans un film à la Disney où une petite fille ferait tout pour son animal de compagnie, un charmant cochon géant.




J'aurais aimé voir Okja en salle. Hélas, malgré sa sélection dans un autre festival, celui de SoFilm Summercamp, je n'en aurai pas l'occasion. Les paysages, la dimension grandiose de la réalisation, l'amitié entre la petite fille et cette espèce d'immense peluche valaient le coup d'être vus sur grand écran, avec son digital et tout le toutim.

Je n'ai pas pu me rendre au Georges Meliès, à Montreuil. La séance, de toute façon, était complète. Et gratuite, justement dans le cadre du festival So Film. 
L'exploitant de la salle a très bien expliqué, dans un article de Libération, le pourquoi de son choix. J'en ai assez, pour ma part, d'entendre que Netflix représente un danger pour le cinéma.

J'ai 35 ans. J'ai entendu maints "spécialistes" dire, à chaque nouveauté, qu'elle représentait un danger pour un art donné. Ça a commencé par la cassette audio, censée démolir l'industrie de la musique. Quoi ? Les gens pourraient donc enregistrer la musique sans l'acheter ? C'est la fin de tout ! Même absurdité pour les "pirates du web", qui pourtant, promeuvent l'art comme personne par le bouche à oreille.

Pour le cinéma, même discours au sujet de la cassette vidéo, puis de Canal+. Pourquoi les gens iraient en salle, disaient les pessimistes de l'époque, s'ils peuvent voir les films seulement un an après sur la chaîne payante ? Puis il y eut les DVD, suivis des Blu-ray, d'un peu trop bonne qualité, et censés inciter les gens à rester chez eux, engloutis dans leur home cinéma, plutôt que de se rendre dans une salle obscure.

C'est Polanski qui a raison : les gens ont besoin du cinéma comme les Grecs ont besoin du théâtre, c'est un rendez-vous collectif, cathartique, essentiel.

Le cinéma et la télévision méprisent les nouveaux usages


Ce qui gêne le plus les exploitants de salles, c'est le changement. "On ne va quand même pas laisser cet arrogant d'Américain court-circuiter le système de diffusion !" Le PDG de Netflix s'est déjà enorgueilli de faire concurrence à la télévision au point de la faire disparaître. 




Ce qui fait disparaître la télévision, au-delà de Netflix, ce sont les nouveaux usages. Ce qu'on appelle la délinéarisation est au cœur des pratiques d'aujourd'hui. Il est loin le temps où j'attendais le samedi soir pour regarder Les Simpson sur Canal. Aujourd'hui, quand une série attise ma curiosité, je peux la regarder quand je veux, du début à la fin si je le souhaite, sans attendre le bon vouloir de la grille des programmes. Cela paraît évident en 2017 ; le replay, la vidéo à la demande, tout ce vocabulaire est entré dans nos vies. Le problème est que les exploitants de salles se comportent comme les producteurs de télévision : ils sont allergiques au changement.

Si les jeunes se détournent de la télévision, ce n'est pas seulement parce qu'Internet a changé la donne : pour avoir entendu de nombreuses personnalités du petit écran lors d'un stage, je vois bien que les jeunes est le cadet de leurs soucis. Ce sont les vieux qui regardent la télévision ? Donnons-leur ce qu'ils veulent. D'où des émissions vieillottes, qui ne parlent pas aux jeunes puisqu'elles ne s'adressent pas à eux. Surtout ne pas prendre de risques. Il y a trop d'argent en jeu.

Ciné trop cher


L'argent, parlons-en. Les exploitants de salles sont également bornés : je les ai entendus s'exprimer à la radio, et aucun n'admettait que le prix d'une place de cinéma était trop élevé. Quand j'ai voulu intervenir sur la question, ils ont ironisé, et les présentateurs ont fait de même par complaisance.

Oui, 12,50 € pour une place au cinéma, c'est cher. Si l'on amène ses enfants, la sortie devient vite hors de prix. Parce qu'en allant au cinéma avec les enfants, il faut penser au popcorn, ou à la glace qu'on va leur offrir pour leur faire plaisir, au McDo avant ou après la séance. Pour 12,50 €, on peut admirer une belle exposition dans un musée privé. Certaines places atteignent même 15 € s'il s'agit d'un film en 3D avec les fameuses lunettes.





Moi qui possède, en bonne blogueuse, ma carte de cinéma, je m'étonne toujours du prix que paye Monsieur tout le monde pour passer deux heures en salle. Le théâtre est plus cher ? À peine plus, si l'on est jeune, ou si l'on prend les places sur des sites dédiés. Un concert est plus cher ? Certes, mais ce n'est pas le même service. Une star internationale qui fait payer 30 € l'entrée doit rémunérer ses musiciens, 
les techniciens, assurer les coûts de sa tournée, des costumes, des décors. Le concert détient quelque chose d'unique puisqu'il se passe en live. Ce n'est pas comparable avec des films distribués en salle sous plusieurs copies.

Une hypocrisie totale 



Oui, la logique de diffusion des films est en pleine mutation. Rejeter ce progrès en bloc, c'est comme de vouloir rester à la machine à vapeur à l'heure de la réalité virtuelle. Les exploitants de salles passent ainsi pour des réacs. L'hypocrisie la plus grande, c'est de prétendre protéger les exploitants de salles quand on exerce en réalité la pression sur certains en les empêchant de diffuser le film, et donc de jouir de leur liberté de programmation. Ces exploitants, à savoir le Max Linder et le Forum des Images, se sont carrément retirés du festival SoFilm Summercamp ! Une perte, donc, pour le cinéma au sens large. Enfin, comment désavouer à ce point Thierry Frémaux et sa sélection d'Okja à Cannes ? N'est-ce pas la preuve que le film doit être considéré comme une oeuvre cinématographique ?


N'oublions pas l'essentiel : et si les films Netflix sont bons ? Slate a publié un classement, et j'ai moi-même un chouchou. War Machine, publié récemment sur la plateforme, n'était pas mal du tout. Pourquoi refuser de bons films, si ce n'est par peur du changement et incapacité à s'adapter à un nouveau contexte ?

Okja devrait être vu en salle


Dommage. Okja aurait fait un beau succès en salle: ce film familial a séduit les critiques comme le public. En refusant les films Netflix, qui ne serait jamais qu'un distributeur de plus, le cinéma se tire dans le pied. 

Non, Netflix ne me fera jamais passer l'envie d'aller en salle, tout simplement parce que l'expérience n'a rien à voir. Je pleure un peu, d'ailleurs, de n'avoir découvert Okja que sur mon petit écran d'ordinateur. J'ai loupé l'essentiel que j'aime tant au cinéma : la réaction des autres spectateurs, l'émerveillement, la surprise, le rire et l'émotion. Je ne saurai pas si d'autres que moi ont trouvé le film plus convenu qu'il n'y paraît. Je n'entendrai pas tes enfants rire à une scène potache, ni les commentaires de cinéphiles à la sortie de la salle. À cause de l'entêtement des exploitants, j'ai en partie raté le spectacle. J'aurai du mal à le leur pardonner.



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