samedi 29 juillet 2017

LE DERNIER BESSON, CE FILM QUI NE VALÉRIAN







Je me suis sentie devant Valérian comme une gosse qui voyait son premier mauvais film au cinéma, en demandant à sa mère :


"Mais pourquoi il fait ça ? Qu'est-ce qu'il veut ? Qu'est-ce qu'il cherche ? Et c'est qui ce monsieur-là ? Il est méchant ?"

Voilà. Besson a réussi à faire un film qui pourrait être vivement critiqué par un.e gosse de trois ans.



Un scénario trou noir


C'est peut-être parce que j'ai lu le bouquin de John Truby sur la façon d'écrire un scénario, mais je me dis que Besson n'a pas respecté quelques règles élémentaires.






Qui sont les héros ? Pour quoi ou qui se battent-ils ? Contre quoi ou qui ? Quelle est leur quête ? Quel est l'enjeu ? Quel est leur désir ? Quels sont les obstacles ?

Tout ça, dans Valérian, semble confus, ou plutôt inexistant.

Besson, au lieu de faire un film de deux heures et demie, aurait dû s'en tenir à la scène d'ouverture, de toute beauté, où des créatures bleues parlent une langue extra-terrestre sans que cela gêne la compréhension.




Les habitants de la planète Mul dans Valérian, de Luc Besson (2017)
Les habitants de la planète Mul dans Valérian, de Luc Besson (2017)

Malgré la beauté de la scène, Besson fait encore preuve de sa mauvaise foi de plagiaire : comment ne pas penser, avec ces créatures bleues en harmonie avec la nature, à Avatar de James Cameron ?


Une fois cette planète détruite, c'est parti pour 2h25 de dialogues indigents, clichés à l'extrême, d'un couple au charisme de hamsters et d'un méchant qui apparaît au dernier quart d'heure, dans la "résolution" d'une trame qui n'a pas été construite. C'est comme se contenter du dernier chapitre d'un livre.


Le scénario de Besson a beau être inexistant, il comporte cependant des incohérences béantes, sur les actions des héros et la technologie de ce 28ème siècle. Ce film va faire la joie de l'émission Faux Raccord.

Est-il nécessaire de rappeler que les effets spéciaux ne suffisent pas ? Valérian aurait inspiré Star Wars. Fort bien. Du coup, on voit un sosie de Jabba se balader dans le film, et les pseudo scènes d'action (elles ne présentent aucun enjeu) évoquent les pires moments de la saga Star Wars. Le scénario et les répliques sont dignes de la trilogie prequel qui a fait hurler les fans.




Jar Jar Binks, personnage consternant (et consterné) de La Menace fantôme


Un gadget qui a coûté cher


Le budget de Valérian s'élève à 197 millions d'euros. Autant dire que le joujou de Besson a coûté cher. Il fait mu-muse avec ses gadgets et en oublie de nous raconter une histoire. 


Et dire qu'il a déjà écrit le script d'un deuxième volet, et commencé le troisième ! C'est à pleurer. Navrée d'avoir perdu une soirée devant ce nanar de série Z qui s'est paré des atours du grand space opéra. Valérian ressemble à un mauvais épisode de Star Trek où les producteurs auraient soudainement gagné au loto.



Le casting de Star Trek


Et dire que Joss Whedon (pourtant habitué des grosses productions) a réalisé une merveilleuse adaptation de Beaucoup de bruit pour rien pour 12 000 dollars ! Combien de films d'auteur pourraient voir le jour avec 197 millions d'euros ? Besson, hélas, n'a que cela : un énorme portefeuille, et pas d'histoire à raconter.


Des acteurs décevants


Dane DeHaan, s'il n'est pas un grand acteur, était tout de même meilleur dans Cure for Life, dont le scénario alambiqué suscitait au moins l'intérêt du spectateur.

Immense déception devant Cara Delevingne, que j'avais tant aimée dans La Face cachée de Margo. Elle était même davantage convaincante en enchanteresse dans Suicide Squad.




Cara Delevingne et Dane DeHaan dans Valérian de Luc Besson
Cara Delevingne et Dane DeHaan dans Valérian de Luc Besson (2017)

Le couple central, donc, ne tient pas la route, et la romance entre eux est pavée de répliques entendues mille fois dans de fades rom-com, voire des parodies. Les spectateurs rient peu, et jamais au moment voulu. L'ensemble est si ridicule qu'on se demande comment les acteurs gardent leur sérieux. La drague de Valérian envers Laureline est lourde dès les premières minutes, et voudrait installer ce faux suspense de "Vont-ils finir ensemble ?" qui reste une habitude d'Hollywood.

Rihanna, censée être le clou du spectacle dans tous les sens du terme, n'émet elle aussi que des répliques piteuses, dans une fin sacrificielle, car Hollywood aime bien montrer des Noirs qui meurent pour sauver des Blancs qu'ils connaissent depuis trois minutes.



Rihanna fait une danse burlesque dans Valerian
Rihanna fait une danse burlesque dans Valerian


Étonnant que la chanteuse ait accepté de jouer dans un film où la BO est si consternante. Pauvre Bowie. "Space Oddity" est galvaudé dans cette intro aux images d'archives, aussi maladroite que les passages documentaires de Lucy, autre nanar hors de prix de Besson. Un autre morceau de Bowie, "Moonage Daydream", illustrait pourtant à merveille le premier volet des Gardiens de la Galaxie.

Comment Ethan Hawke et Clive Owen ont pu entrer dans être galère ? Ont-ils fermé les yeux très fort en pensant à leur fiche d'impôts ?

Comme dans les dessins animés de Disney ou le petit dernier de la saga Potter, Besson a pris soin d'intégrer la charmante créature qui chie des perles magiques (c'est pas un gag).



Ceci est un critter, petit animal qui chie des perles dans le film Valérian de Luc Bessson
Ceci est un critter, petit animal qui chie des perles dans le film Valérian de Luc Bessson

Je lui préfère largement l'animal de compagnie de Michael Jackson dans Captain EO, Fuzzball.




Fuzzball, adorable créature dans Captain EO, de Francis Ford Coppola (1986)
Fuzzball, adorable créature dans Captain EO, de Francis Ford Coppola (1986)


Un film foutage de gueule


Dans Valérian, la scène du supermarché au million de boutiques m'a fait l'effet d'un clin d'œil méta-filmique au cinéma de Besson : 


"Je suis millionnaire, je vais dépenser plein de sous dans une multitude de boutiques. Je fais mon cinéma comme je fais mon marché. Et à coups de millions je vais faire oublier au spectateur que mon colosse a des pieds d'argile : le scénario."


À coups de millions, Besson promeut son film, et nous prend pour des cons. Va-t-on déclarer qu'un film est bon parce qu'il a coûté cher ? Je suis agréablement surprise de constater que la critique américaine ne s'est pas laissée berner. Je m'étonne, par contre, de l'accueil français, plutôt positif.



Je veux bien votre avis en commentaire. 
Avez-vous été séduit.e par le film ?


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