jeudi 6 juillet 2017

MOI, MOCHE ET MÉCHANT 3 : DES VILAINS TROP MINIONS



Gru et Dru dans Moi, Moche et méchant 3





Par Clément


Mal en point


Un héros divisé entre sa maîtrise du côté obscur et un bon fond, tel était l’intéressant postulat pour un film d’animation hollywoodien, plutôt adepte de héros positifs. Moi, moche et méchant trouvait un bon équilibre chez Gru, et s'avérait très réussi. À la différence de l’éternel modèle du Scrooge de Dickens, repris hélas sans génie encore aujourd’hui, Gru restait à la fin taraudé par sa part d’ombre, d’aucuns diraient sa vraie nature, celle d’un vilain aux plans mégalo.



Gru pique la Lune dans le premier épisode de Moi Moche et méchant (2010)
Gru pique la Lune dans le premier épisode de Moi Moche et méchant (2010)

Les fameux Minions restent aussi à la lisière : ils servent le Mal avec zèle, mais leur humour débile les rend sympathiques. Voilà l'exemple-type de personnages secondaires qui volent la vedette au premier rôle, à l'instar des Lapins Crétins. Tous deux ont en commun l'humour idiot, un verbe intraduisible, et eurent droit à leurs propres aventures à l’écran. Il faut avouer que le film sur les Minions, carburant uniquement à l'humour gentillet, était pénible sur la durée.

            


Folle journée pour Gru (doublé par Steve Carell) au début de Moi, Moche et méchant 3 : il a échoué à attraper Balthazar Bratt (Trey Parker) méchant dont la guitare-synthé envoie aussi bien des tubes des années 80 que des lasers. 






Gru est alors renvoyé de son travail d’agent secret, en même temps que son épouse Lucy (Kristen Wiig). 

Le même jour, tous les Minions (tous doublés par Pierre Coffin) sauf deux démissionnent : Gru n’est plus assez méchant à leur goût. Pour couronner le tout, Gru apprend qu’il a un frère jumeau, Dru (Steve Carell again) dont il a été séparé à la naissance.

Ils vont devoir s'allier pour déjouer le dernier plan de Bratt : découper Hollywood et l’expédier dans l’espace, en représailles de la colline aux chimères qui a déclaré l’enfant star has-been 



Une franchise inutile


Moi, moche et méchant 2, outre son scénario paresseux, loupait le coche par son édulcoration de Gru, devenu trop positif. L’idée même de la franchise était vidée de sa substance, malgré l’attachante Lucy.

Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3, réalisé par Pierre Coffin, Kyle Balda, et Eric Guillon (2017)
Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3, réalisé par Pierre Coffin, Kyle Balda, et Eric Guillon (2017)


Après la fin du premier volet, Gru se rangeait du côté des forces du bien, décision sans retour : dans un film d’animation pour enfants, il est inconcevable qu’un héros retombe dans le côté obscur… 

On se pose donc la question, pourquoi continuer la franchise quand la prémisse est résolue ? Pour être honnête, je m’en moquais tant que l’humour et les gags étaient au rendez-vous… ce qui ne fut pas le cas. Hélas, Moi, moche et méchant 3 charrie les mêmes défauts que le deuxième opus.


Les Minions (Pierre Coffin) et Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3
Les Minions (Pierre Coffin) et Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3



On retrouve donc un Gru trop peu tenté par le mal, dont l'intelligence est le seul vestige de ses gloires passées. Comme sa personnalité ne repose que sur cette dualité, le personnage n’a plus d’intérêt, contrairement au Grand méchant renard, figure réussie d’une créature attachante dans sa volonté de devenir un vilain


Lucy se débat pour trouver une place, mais l’animation américaine reste encore très masculine, on la voit donc s’occuper surtout des filles de Gru, reléguées à l’arrière-plan (la chasse à la licorne tourne court) tandis que les hommes sauvent le monde. 




Lucy (Kristen Wiig), Dru et Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3
Lucy (Kristen Wiig), Dru et Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3

Elle participe un peu à l’action, mais Moi, moche et méchant 3 est mal équilibré. 

Les Minions recyclent leur humour inoffensif qui ne tient pas la distance. Ils n’ont pas la poisse folle de Scrat de L’Âge de Glace, modèle de personnage hilarant hors de l’action. Dru, le jumeau, roule malheureusement sur un humour similaire aux Minions : boulet débile collé aux bottes de son frère avant de se réveler décisif à la toute fin. On sauvera Julie Andrews en maman cougar à la libido féroce. Fini Mary Poppins, elle revient plutôt à la Sally Miles du film S.O.B. 

Le scénario, énième attaque de la base secrète d’un méchant, ne cherche pas non plus l’originalité. Tant qu’à regarder des "méchants" d’animation à mourir de rire, on préférera Monstres et Cie filmé par Pete Docter (et réalisateur du génial Vice-Versa).


Les terreurs de Monstres et Cie, réalisé par Pete Docter, David Silverman, et Lee Unkrich (2001)
Les terreurs de Monstres et Cie, réalisé par Pete Docter, David Silverman, et Lee Unkrich (2001)

J’ai quand même été amusé que Dru habite en Freedonia, dont tout fan des Marx Brothers sait qu’il est gouverné par Groucho Marx depuis La Soupe au Canard (1933), leur meilleur film. 






Balthazar Bratt, méchant peu convaincant


Qu'en est-il du méchant de Moi, moche et méchant 3 ? Il ne manque pas de potentiel car il tient plusieurs rôles : la nostalgie des années 80. Il taquine quelque peu Hollywood en étant un pur produit que l’usine à rêves sert si souvent : enfant star rentable d’un show plus ou moins de qualité (ici, c’est carrément moins) avant d'être jeté aux oubliettes.


Enfin, c’est Trey Parker, maître d’oeuvre de la renversante South Park qui le double. On retrouve un peu de son insolence chez Bratt, même si, jeune public oblige, il doit lisser son humour.


Balthazar Bratt (Trey Parker) et Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3
Balthazar Bratt (Trey Parker) et Gru (Steve Carell) dans Moi, moche et méchant 3


Cependant, le personnage se voit saboté par son cabotinage continu, qui tourne à l’hystérie. La BO de Moi, Moche et méchant 3 reste dominée par les chansons passe-partout de Pharrell Williams. Ironiquement, la chanson la plus mémorable restera la reprise des Minions d’un air de Gilbert and Sullivan dans un télé-crochet, c’est dire l’ambition. 

Le film ne propose pas le pari d’une BO vraiment eighties, ce qui avait bien marché avec Les Gardiens de la Galaxie.






De meilleurs musiciens méchants



C’est dommage car les vilains musiciens sont souvent savoureux. Bratt ne fait pas le poids comparé à des pointures comme les jumeaux Katayanagi de Scott Pilgrim et leur battle de folie contre le groupe du héros.




Les fans de Buffy contre les vampires se souviendront longtemps de Sweet, démon de la musique, 100 % Broadway, d’une classe pas possible, dans le fameux épisode musical Once more with feeling.




Illumination Entertainment dans une impasse



Moi, Moche et méchant 3 confirme que la franchise a livré tout son contenu dès son premier film, mais fonce quand même dans une impasse. D’adorables mais limitées bébêtes jaunes n’y peuvent rien. Quand on sait que Minions 2 sortira en 2020, on se demande combien de temps il faudra à la production pour passer enfin à autre chose.


Un avis, une réaction ? Dites-le en commentaire !


Ça peut vous plaire :


 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire