mercredi 1 novembre 2017

DADDY COOL : PAPA EST EN HAUT





 


Par Clément

Serial squatteur



Adrien (Vincent Elbaz), 42 ans, est un éternel ado qui vit aux crochets de son épouse Maude (Laurence Arné), dessinatrice de BD à succès mais en panne d’inspiration. Fatiguée par son immaturité et sa paresse, Maude quitte Adrien. Persuadé qu’elle est la femme de sa vie, Adrien refuse de signer les papiers du divorce et de quitter leur appartement, même quand elle y invite Renaud, son nouveau mec (Gregory Fitoussi).


Adrien (Vincent Elbaz) dans Daddy Cool de Maxime Govare (2017)
Adrien (Vincent Elbaz) dans Daddy Cool de Maxime Govare (2017)


Pour éviter l’expulsion et les ennuis judiciaires, Adrien n’a toutefois pas le choix : dégainant un inattendu diplôme de puériculteur obtenu des années auparavant et une astuce juridique, il devient baby-sitter de cinq enfants… chez Maude, qui ne peut maintenant plus légalement le chasser. 

Commence une guerre d’usure entre les deux... 

Les enfants vont bien


Dans le très bon Papa ou Maman, un couple de divorcés se déchirait à cause de leurs enfants : comment les refourguer à l’autre ? Daddy Cool de Maxime Govare renverse le postulat : comment se servir des enfants des autres pour reconquérir (et en passant emmerder) votre ex ? 

 




La fin de la virilité ?


Skyfall, le 23e James Bond, m’a frappé par une remise en cause inédite du meilleur agent du MI6 au cinéma. Le film est un vrai procès en obsolescence d’un héros, hier macho, séducteur, invincible, viril, et aujourd’hui déconnecté de son monde. Bond, sous les traits de Craig, devient plus fragile, sensible, moins misogyne, évolution qui perdure dans Spectre.

 
Un James Bond fatigué (Daniel Craig) dans Skyfall, réalisé par Sam Mendes (2012)
Un James Bond fatigué (Daniel Craig) dans Skyfall, réalisé par Sam Mendes (2012)

Le film participe à une tendance très actuelle : la remise en question du héros de cinéma masculin viril, et sa conséquence, la minorisation des rôles féminins. 


De plus en plus de films déconstruisent pourtant le mythe de la virilité.






L’homme viril ne disparaît pas, mais doit maintenant cohabiter avec des hommes laissant davantage leur féminité s’exprimer, ouvrant la voie à d’autres modèles masculins. L’enjeu est de taille car nos modèles de vie, ne sont-ils pas souvent inspirés par nos héros et héroïnes de fiction ?


Maude (Laurence Arné) dans Daddy Cool
Maude (Laurence Arné) dans Daddy Cool

Instinct paternel


Un film comme Daddy cool a le mérite de déconstruire le mythe de l’instinct maternel, en faisant du mari la nounou de service. 

Le problème du film est qu’il vient tard, après l’indigeste Demain tout commence et surtout des films comme L’École paternelle (et sa suite), Baby-sitter, Pour un garçon… comédies potaches, genre dans lequel s’inscrit Daddy cool

Le sommet des films sur les papas improvisés reste sans doute le film de Colline Serreau Trois hommes et un couffin, auquel on pense souvent face à Daddy cool.


Michel Boujenah, Roland Giraud et André Dussolier dans Trois Hommes et un couffin (1985)
Michel Boujenah, Roland Giraud et André Dussolier dans Trois Hommes et un couffin, réalisé par Coline Serreau (1985)


Les séries Modern family et Baby Daddy (faux remake du film de Serreau) ont aussi représenté des hommes assumant la charge exclusive des enfants.


Quintette à claques


Daddy Cool a du mal à décoller : blagues plus ou moins scato, prévisibilité de la guéguerre des ex, répliques « enfantines » cinglantes… 

En plus d’exploiter un thème déjà très repris, la forme est paresseuse. L’humour du film est gentillet et tourne surtout autour des mésaventures d’Adrien face à son quintette à claques. Blagues mille fois vues et revues, prévisibilité des situations, rien de neuf sous le soleil de Daddy Cool.


Adrien (Vincent Elbaz) dans Daddy Cool
Adrien (Vincent Elbaz) et ses petites terreurs dans Daddy Cool

La pilule passe grâce au dévouement de Vincent Elbaz et Laurence Arné (aussi déchaînée que dans son rôle de nymphomane dans WorkinGirls). Le rythme des gags est effréné pour une comédie française, dynamisée par un montage rapide, on se rapproche de l’efficacité anglo-saxonne. Avec un humour moins facile, Daddy Cool aurait été une très bonne comédie.

Daddy is the new sexy


Daddy Cool adopte un arc plus romcom, voyant Adrien tenter de séduire de nouveau sa compagne. Sur ce point, le film participe à un genre peu abordé depuis les films américains des années 30 et 40 : la comédie du remariage. Un couple autrefois marié passe tout le film à se ressouder, avec souvent un.e amant.e qui perturbe leur réconciliation. Généralement, c’est la femme qui dirige les événements, comme dans Mon épouse favorite

 
Cary Grant, Irene Dunne, et Randolph Scott dans Mon épouse favorite de Garson Kanin (1940)
Cary Grant, Irene Dunne, et Randolph Scott dans Mon épouse favorite de Garson Kanin (1940)
 
Adrien est immature, Maude est une adulte, Renaud incarne l’homme plus adulte. Il manque à Renaud et Maude le grain de folie indispensable à un couple heureux. Les clichés sociaux sont renversés : c’est l’homme qui doit garder les enfants, et c’est la femme qui est créative. Dans un jeu classique de vases communicants, Maude prend conscience de son embourgeoisement ennuyeux, et réapprend d'Adrien la spontanéité qui fertilise l'énergie du couple et booste l'inspiration.

Maude (Laurence Arné) dans Daddy Cool
Maude (Laurence Arné) dans Daddy Cool

Daddy cool reflète le monde d'aujourd'hui, où davantage d’hommes assument les tâches familiales longtemps dévolues à leur épouse. Dommage que dans la forme, il soit si déficient.

Autre point positif : un touchant anniversaire de mariage parental où Michel Leeb chante "La chanson des vieux amants" de Jacques Brel, vibrant manifeste à la pérennité amoureuse. Il instille une belle scène d’émotion dans un film trop modeste. Plutôt fan de la youtubeuse Andy, j’ai été ravi de ses apparitions.
 
Nadège Dabrowski alias Andy
Nadège Dabrowski alias Andy

Essai non transformé


Malgré d’intéressantes thématiques et son tempo rapide, Daddy cool est trop anodin pour être mémorable, parvenant rarement à égaler ses modèles. Dans le cinéma français d’aujourd’hui, il semble que l’humour qui fonctionne le mieux soit grinçant, loin de cette tentative gentillette. 



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