samedi 23 décembre 2017

THE FLORIDA PROJECT : LES ENFANTS TERRIBLES







Halley devait être une gamine quand elle a eu la sienne. Sa gosse, c'est Moonee, insolente, libre comme peu d'adultes le sont. Elles fait les 400 coups avec les potes pour oublier les motels pourris où ils habitent tous.

Moonee (Brooklynn Prince) et Scooty (Christopher Rivera) partagent une glace dans The Florida Project, de Sean Baker (2017)
Moonee (Brooklynn Prince) et Scooty (Christopher Rivera) partagent une glace dans The Florida Project, de Sean Baker (2017)


Les mômes partagent tout : les conneries et les glaces. Ils s'amusent d'un rien et ils n'ont rien. 


La white trash au cinéma


Ils habitent à deux pas de Disneyland et n'y mettent jamais les pieds. Pourtant, tout, autour d'eux, rappelle le pays magique, des snacks aux magasins de souvenirs.


Un Disneyland quelque peu défraîchi, vaguement kitsch, et parfois effrayant. Tout le long du film, les enfants courent dans cet univers d'imitation, en rêvant au parc, tout près.

C'est la white trash au cinéma, celle qu'affectionne Larry Clark. La white trash, c'est la population blanche et pauvre des Etats-Unis.  Elle a déjà été sublimée cette année dans American Honey




The Florida Project présente le même défaut : un manque de rythme. Le drame arrive trop tard, et il est mal amené, tant Sean Baker tient à sa photo rose bonbon, et à montrer le bonheur quand même. 1h50, c'est trop, quand 1h25 aurait largement suffi. Si les scènes musicales dans le van de American Honey étaient redondantes, on voit dans The Florida Project plusieurs fois le même type de scène, comme Moonee jouant dans son bain. Brooklynn Prince restera la révélation du film, un peu comme Abigail Breslin l'année de sortie de Little Miss Sunshine (2006).

Sean Baker parvient à nous faire aimer ces gens dont on ne sait rien. Que puis-je savoir de la white trash américaine, dans mon petit appart de Montmartre, à passer ma vie dans les cinés du Quartier Latin ? Dans mes cinés, je vois justement l'existence de ceux que je ne rencontrerai jamais. Moi, Disneyland, je connais bien. Si Cannes, c'est l'inverse du foot (les riches payent pour regarder des pauvres) alors je suis de ceux-là. Une privilégiée qui va s'intéresser un temps au devenir de la white trash pour son papier. 

Il faudrait, plutôt que rester petite conne parisienne, aller à leur rencontre. Prendre une caméra, ou pas, et les entendre, comme l'a fait, justement cette année, Jean-Baptiste Thoret pour We Blew It.

Un beau couple mère-fille


The Florida Project nous propose un beau couple mère-fille. On n'a pas de fric ? On fera tout pour que ça ne se voit pas.



Cela semble être le crédo du réalisateur, qui sublime la misère, moins pénible au soleil... de Floride. Son sens des couleurs, sa veine naturaliste, tout tend à nous faire aimer les personnages et leur environnement, où l'enfance grandit quand même.

Le drame doit arriver, bien sûr, et je ne vous en dirai rien. Disons que, comme l'héroïne de American Honey, Halley vit de petites combines et gentilles arnaques pour faire bouffer sa fille, l'habiller et lui donner un toit. Bria Vinaite est l'autre révélation de cette curiosité indé.

Bria Vinaite (Halley) dans The Florida Project
Bria Vinaite (Halley) dans The Florida Project

2017 sera aussi l'année de Willem Dafoe, remarquable dans Seven Sisters, et qui fut le seul éclair de lumière dans le sombre navet Death Note, proposé par Netflix.

Tranches de vie


Il faut être d'humeur contemplative pour voir The Florida Project. C'est la première fois, peut-être, que je défends un film sans scénario. Mais il s'agit ici de regarder comment vit cette Amérique, habituellement oubliée des caméras. On le verra comme un documentaire joliment filmé, une ode à l'enfance qui refuse de se briser. La dernière scène est en cela bouleversante. Si j'ai dit que Mooney faisait les 400 coups, la fin de The Florida Project rappelle justement La Nouvelle vague.

Allez voir ce film indé à la beauté trop rare. The Florida Project est un peu comme les enfants qu'il met en scène : on oublie ses défauts devant tant de sincérité.


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