samedi 27 janvier 2018

CANNES 2017 - IN THE FADE, AVEC DIANE KRUGER : QUE JUSTICE SOIT FAITE


Diane Krüger dans In the Fade de Fatih Akin (2017)



Par Clément


À sa sortie de prison pour trafic de drogue, le kurde Nuri Sekerci (Numan Acar) épouse Katja (Diane Kruger). Ils s’installent à Hambourg, où Nuri prend les rênes d’un journal local. Katja devient mère au foyer pour s’occuper de leur fils Rocco.


Katja et Nuri Sekerci (Diane Krüger et Numan Acar) dans In the Fade de Fatih Akin (2017)
Katja et Nuri Sekerci (Diane Krüger et Numan Acar) dans In the Fade de Fatih Akin (2017)


Un jour, une bombe explose dans les locaux du journal, tuant le père et le fils. Plongée dans le deuil, Katja assiste au procès d’un couple néo-nazi. Elle avait aperçu la femme près des locaux du journal quelques temps avant l’attentat. Katja sera prête à tout pour obtenir justice.

Un film en trop


Rapidement, on discerne une faiblesse gênante dans le scénario de Fatih Akin. Mêler plusieurs genres en un film peut donner des métrages excellents, pourvu qu'ils soient intriqués. C’est le problème d'In the Fade : le film est divisé en 3 séquences, la première servant de prélude aux deux suivantes, totalement différentes. Nous assistons à un film de procès, suivi d’un film de vengeance. 
In the Fade souffre donc d’un manque d’unité.


L'avocat Danilo (Denis Moschitto) et Katja (Diane Krüger) dans In the Fade de Fatih Akin (2017)
L'avocat Danilo (Denis Moschitto) et Katja (Diane Krüger) dans In the Fade



Le film de procès est un genre difficile. Au-delà des joutes verbales entre avocats, juges, et témoins, c’est la personnalité des protagonistes, ou une critique sociale, qui va donner de l’intérêt. Faute de quoi, les dialogues tournent à vide. Récemment, le terrifiant Detroit dénonçait le laxisme de la justice des années 60 envers les exactions des policiers blancs sur les Afro-Américains.

Will Poulter (au centre) dans Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow (2017)
Will Poulter (au centre) dans Detroit, réalisé par Kathryn Bigelow (2017)



In the Fade avait les moyens de suivre ce modèle, avec le sujet toujours actuel des partis néo-nazis. Ils ont beau être interdits, ils continuent d’exister, comme une plaie purulente que l’Allemagne, 70 ans après, n’arrive point à guérir. Leur propagation dans d’autres pays, comme le parti Aube dorée en Grèce (au centre d’In the Fade), leurs actions, auraient pu constituer un intéressant état des lieux. Mais cela n’intéresse pas Akin. On aurait pu facilement remplacer victimes, coupables, et motifs : le film aurait été sensiblement le même.


Le couple nazi (à gauche et à droite) joué par Hanna Hilsdorf et Ulrich Brandhoff dans In the Fade
Le couple nazi (à gauche et à droite) joué par Hanna Hilsdorf et Ulrich Brandhoff dans In the Fade

Des personnages trop faibles



Autre problème d'In the Fade : la faiblesse des personnages. Le couple criminel se limite à des ombres, un prétexte scénaristique, il n’est jamais creusé en profondeur. Leur motivation xénophobe est trop mince. 

Il vaut mieux visionner Témoin à charge, d’après Agatha Christie, dans le top 10 des meilleurs films de procès américains selon l’American Film Institute.


Marlene Dietrich et Charles Laughton dans Témoin à charge, réalisé par Billy Wilder (1957)
Marlene Dietrich et Charles Laughton dans Témoin à charge, réalisé par Billy Wilder (1957)



In the Fade en est loin. Toute l’opposition à Katja repose sur l’avocat de la défense. Il est efficace, mais ne peut se substituer à un.e méchant.e d’ampleur. Un des seuls moments marquants de ce procès est l’audition de l’experte qui analyse avec moult détails comment la bombe a tué Nuri et Rocco, sous l’oeil effaré de la femme et mère endeuillée. C’est bien peu. In the Fade est dépourvu de l'émotion d'Au nom de ma fille, autre film de procès intenté par un parent cherchant à savoir la vérité sur la mort de son enfant.

"C’est à moi qu’appartient la vengeance, je me ferai justice" (Romains, 12:19)


Akin se penche sur le portrait de Katja. C’est son parcours, du deuil à la colère, de la colère au doute, du doute à la décision finale, qui est au centre d’In the Fade. Par cette attention au personnage, le film évite l’écueil de l’auto-défense et de la loi du Talion. Le chemin de Katja évoque celui d’un grand classique du film de vengeance : Le Vieux fusil.



Philippe Noiret dans Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)
Philippe Noiret dans Le Vieux fusil de Robert Enrico (1975)


Akin reprend d’ailleurs le gimmick des flash-backs colorés comme souvenirs du passé heureux. Malheureusement, Katja n’est pas aussi passionnant que le personnage de Noiret dans le film d’Enrico, dont le glissement vers la folie émouvait autant que son basculement dans l’ultra-violence. Comme pour rappeler que la vengeance n'est pas une épreuve dont l'on sort indemne.


Sous le signe de Confucius



"Celui qui cherche la vengeance devrait commencer par creuser deux tombes."

Katja est une démonstration éclatante de la théorie du philosophe chinois.

Cette citation de Confucius, remise à l’honneur par la série Revenge (libre adaptation du Comte de Monte-Cristo dans les Hamptons), semble avoir inspiré Fatih Akin pour In the Fade. Katja, lorsqu’elle part en Grèce, se retrouve face à un néant existentiel. Au lieu de montrer un protagoniste qui se laisse consumer par la vengeance, ou déchiré par l’épuisement. Akin met en scène une femme déjà morte au fond d’elle-même.


Katja (Diane Krüger) surveille le couple nazi dans In the Fade
Katja (Diane Krüger) surveille le couple nazi dans In the Fade



Malgré la performance digne d’éloges de Diane Krüger (même si je ne serais pas allé jusqu’à lui attribuer le prix d’interprétation de Cannes), le parcours de Katja n’est jamais expliqué. Le personnage demeure un fantôme, qui n’a rien à raconter d’autre qu’une variation rebattue sur la souffrance du vengeur. 
Il ne se rattrape pas sur la forme, comme pouvait le faire Tarantino dans Kill Bill (centré avant tout sur le parcours psychologique de la Mariée).


Uma Thurman dans Kill Bill vol. 2 de Quentin Tarantino (2004)
Uma Thurman dans Kill Bill vol. 2 de Quentin Tarantino (2004)


Akin préfère filmer son héroïne morne face aux beaux paysages grecs, et néglige le suspense.



Un thriller poussif


Fatih Akin, scénariste et réalisateur de In the Fade
Fatih Akin, scénariste et réalisateur de In the Fade



François Truffaut, dans La Mariée était en noir, également sur la vengeance d’une femme contre les assassins de son mari,
 avait tenté de faire un film à un seul personnage. Akin tente de faire de même mais la paresse d’écriture de Katja achève de plomber son thriller poussif. Dommage, car quelques plans et la photographie crépusculaire forcent l'admiration. In the Fade n’ajoute rien au film de vengeance, et s’oublie très vite.




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