samedi 3 mars 2018

THE SHAPE OF WATER (LA FORME DE L'EAU) : GUILLERMO DEL TORO SE NOIE DANS LES CLICHÉS







Suis-je la seule à n'avoir pas accroché au dernier Guillermo del Toro ? Je l'attendais avec impatience, comme un Woody Allen. Et, comme avec les Woody Allen récents, je suis déçue.


Clichés à tous les étages


Photo façon Jeunet avec son fameux vert d'eau, musique façon Amélie Poulain avec accordéon à l'honneur. Allez savoir pourquoi, ça sonne faux. Tout comme les personnages caricaturaux à l'extrême, surtout Zelda la femme de ménage noire. Elle est pourtant incarnée par Olivia Spencer, qui défendait si bien la cause des afro-américaines dans Les Figures de l'ombre. Ce rôle lui valut d'ailleurs une nomination à l'Oscar l'an dernier. Si elle avait des vraies chances de gagner en 2017, je doute que son rôle dans The Shape of Water lui vaille la statuette cette année. A regarder son personnage dans le film de Del Toro, c'est comme si on avait gardé la même mama noire d'Autant en emporte le vent (gros accent, les mains sur les hanches pour montrer son désaccord, le bon conseil pragmatique qui s'avère conservateur, etc.)



Zelda Fuller (Octavia Spencer) dans The Shape of Water de Guillermo del Toro (2017)
Zelda Fuller (Octavia Spencer) dans The Shape of Water de Guillermo del Toro (2017)

On n'échappe pas non plus aux clichés genrés. Surtout, dans ce contexte de guerre des étoiles, non pas façon George Lucas, mais conquête de l'espace véritable entre les Etats-Unis et la Russie, del Toro se vautre dans le cliché de la haine des Russes. Il n'en tire rien d'autre qu'une poignée de méchants caricaturaux. Quant au gros méchant américain qui torture le monstre à coup de taser (ou un appareil approchant), il fait regretter le génial tortionnaire dans Le Labyrinthe de Pan, incarné par Sergi Lopez.


Des héros un peu fades


On ne s'attache même pas à Elisa, personnage de Sally Hawkins, pourtant bonne comédienne à l'habitude. L'idée d'une héroïne muette était pourtant originale et valait a priori le détour. Mais Sally Hawkins, si elle est nommée aux Oscars comme meilleure actrice, en fait des tonnes dans The Shape of Water.


Elisa (Sally Hawkins) dans The Shape of Water
Elisa (Sally Hawkins) dans The Shape of Water

Même son monologue en langue des signes est hyper cliché, sur son désir d'être considérée comme une personne à part entière.

Le monstre, hélas, n'a aucun intérêt non plus. Il ressemble, visuellement, à ce à quoi Del Toro nous a habitués dans Le Labyrinthe de pan. Il est surtout proche de l'arbre magique qui accompagne le petit garçon dans Quelques minutes après minuit, de l'un de ses amis réalisateur.



D'un autre côté, la réalisation de The Shape of Water et sa photo sont splendides. C'est en cela que del Toro a ses chances pour les Oscars. 

La nomination pour la meilleure bande originale reste cependant étonnante : Alexandre Desplat, compositeur très en vue depuis des années, ne nous propose qu'une musique d'ascenseur censée représenter l'époque, et contraster avec l'atmosphère inquiétante pour renforcer l'angoisse : c'est un flop.

Mais ce n'est pas la première fois que Guillermo del Toro est décevant


Une série de scènes ratées


Dans The Shape of Water, les "grandes scènes" sont également manquées. Sally Hawkins, par exemple, danse dans le laboratoire avec une serpillère (véridique) et fait penser à un Dancer in the Dark du pauvre.




On atteint le sommet du ridicule avec une scène à la Fred Astaire et Ginger Rogers, digne d'une comédie musicale malvenue.


Del Toro propose aussi des parallèles douteux entre sa trame et quelques classiques du cinéma. Le premier est entre le Cléopâtre de Mankiewicz, et Elisa dans sa baignoire qui se caresse. La Vénus d'Urbin eut été plus judicieux. Il propose un deuxième parallèle forcé entre le monstre et les esclaves dans Les Dix commandements (1956) de Cecil B. de Mille.

The Shape of Water tombe carrément dans le ridicule avec la scène du couple dans la baignoire, qui montre l'éveil sexuel d'Elisa par la main du monstre qui lui frôle la joue. On nous passe même La Javanaise de Gainsbourg pour signifier qu'elle est amoureuse.


Lors d'une scène à table, le monstre mange grossièrement tandis qu'Elisa demeure rêveuse. C'est exactement le même principe que l'une des scènes de La Belle et la Bête de Disney.




La danse des gouttes de pluie sur la vitre du bus est tout aussi terne. L'ensemble, surtout, est trop long : plus de deux heures pour une histoire ennuyeuse à mourir dont on ne comprend l'enjeu que trop tard. Les jolis plans n'y changent rien.



Une fin navrante (Attention Spoilers)


Le monstre de The Shape of Water est soi-disant le produit d'une expérience : avant d'envoyer un homme sur la Lune, il s'agit de tester les possibilités du corps humain, et ainsi battre les Russes, ce qui, bien sûr, n'arrivera pas. 


Sur le thème des expériences malsaines en temps de guerre, on préférera le superbe film coréen The Silenced. Passionné par les monstres, del Toro est obsédé par la morale de Freaks, "le monstre n'est pas forcément celui qu'on croit."

En voulant raconter l'histoire de deux abîmés de l'existence, del Toro rate son but. Le happy end peu convaincant évoque carrément Splash, nanar romantique des années 80, où un benêt tombait amoureux d'une sirène et s'enfuyait avec elle.


On remarquera d'ailleurs l'étrange ressemblance entre l'un des plans finaux du film de Ron Howard et ce que propose del Toro.


Plan final de Splash, de Ron Howard (1984)
Plan final de Splash, de Ron Howard (1984)

Plan phare de The Shape of Water, de Guillermo del Toro (2018)
Plan phare de The Shape of Water, de Guillermo del Toro (2018)


Je serai vivement critiquée, sans doute, pour cette prise de position sévère sur le dernier del Toro, d'autant que The Shape of Water est nommé pour de nombreux Oscars. La critique et les blogueurs l'ont en effet presque unanimement salué. Je suis d'ailleurs un peu navrée de ne pas avoir été charmée.



Dites-moi en commentaire ce que vous pensez du film. 
Si vous l'aimez, me ferez-vous changer d'avis ?


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